Le 13 mai, le projet Qawafel a tenu son séminaire de restitution de la facilité d’assistance technique menée auprès de cinq structures sous tutelle du Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie : : GICA, PACKTEC, CTC, AFI et APII. Cette journée a réuni des représentants institutionnels, des experts et des entreprises autour de panels et de témoignages mettant en lumière les enjeux, les défis et les opportunités de l’internationalisation des entreprises tunisiennes vers le continent africain.

Qawafel : un projet au service de l’internationalisation des PME tunisiennes vers le continent africain
Financé par l’Agence Française de Développement (AFD) à hauteur de 3,8 millions d’euros et mis en œuvre par Expertise France, le projet Qawafel est déployé sur une durée de 42 mois (2023–2026) et a pour objectif de contribuer à la structuration de l’écosystème tunisien de l’internationalisation vers quatre marchés africains prioritaires : le Sénégal, la Mauritanie, la République démocratique du Congo et le Kenya.
Parmi ses trois composantes, la facilité d’assistance technique occupe une place centrale. Elle vise à renforcer les capacités des structures publiques, ainsi que des acteurs privés d’appui et d’accompagnement, afin de leur permettre de mieux soutenir les PME souhaitant développer leurs activités à l’export vers le continent africain.
Le projet intervient dans plusieurs secteurs stratégiques : les TIC, l’agroalimentaire, l‘enseignement supérieur, la santé et l’industrie pharmaceutique, ainsi que le BTP.
Un cadre institutionnel ambitieux
Avant d’entrer dans le détail des résultats, deux interventions ont donné le ton de la journée. Son Excellence l’Ambassadrice de France en Tunisie, Anne Guéguen, a rappelé que l’adhésion de la Tunisie à la ZLECAf et au COMESA renforce son positionnement stratégique sur le continent et ouvre de nouvelles perspectives pour les institutions d’appui. Elle a souligné avec conviction : « Ce séminaire de restitution ne constitue pas une fin, mais plutôt un nouveau point de départ pour de nombreuses entreprises tunisiennes, en particulier les PME et les start-up. »

La cheffe de cabinet du MIME, Afef Chebbi Tayari, a quant à elle insisté sur le potentiel de transformation que porte ce projet : « Qawafel contribue à transformer des initiatives locales en véritables success stories, en offrant un environnement favorable et des mécanismes d’accompagnement efficaces. »

Ce que l’assistance technique a concrètement apporté à chaque structure
GICA — Une cartographie précise du potentiel africain
Grâce à l’assistance technique du projet Qawafel, le Groupement des Industries de Conserves Alimentaires a été en mesure de conduire une étude de positionnement de 14 produits tunisiens sur les quatre marchés ciblés. Les résultats parlent d’eux-mêmes : un potentiel d’exportation estimé à 2,28 milliards de dollars, et quatre guides pratiques produits pour décrypter les cadres réglementaires africains pays par pays, mis à disposition des entreprises exportatrices.
Baya Jendoubi, ingénieure chargée des Études et des Technologies de la Transformation au GICA, a souligné l’apport concret de cette démarche : « L’assistance technique a permis une meilleure compréhension des besoins des marchés africains et l’élaboration d’une liste d’entreprises spécialisées dans les conserves alimentaires, avec identification des besoins de chaque marché, sur la base de techniques d’analyse modernes. »

PACKTEC — L’emballage, un maillon incontournable de l’exportation
Le Centre Technique de l’Emballage et du Conditionnement a renforcé ses capacités à travers la formation de dix cadres aux enjeux stratégiques du secteur. Cette montée en compétences a permis de tester les outils et méthodes développés auprès d’un groupe pilote de cinq entreprises industrielles disposant d’un potentiel d’export vers les marchés du continent, à savoir SIPA, GARGOURI EMBALLAGES, PROCAN, INPACKT et SOTAM.
Cette démarche a favorisé un apprentissage par la pratique et une meilleure appropriation des outils, tout en contribuant à consolider les acquis des équipes. Elle a également permis d’améliorer et d’affiner l’offre d’appui proposée par le Centre, en l’adaptant davantage aux besoins concrets des entreprises exportatrices.
Comme l’a rappelé Hatem Kouche, Directeur de l’Assistance et du Conseil au sein de PACKTEC, lors des pane : « L’emballage est un maillon obligatoire de l’exportation — pour exporter, il faut que l’emballage soit conforme. Qawafel a défini une démarche claire dès le départ. » Le centre dispose désormais d’une expertise renforcée pour répondre aux exigences spécifiques des marchés africains ciblés.

CTC — Mettre la conformité au service de la compétitivité pharmaceutique
Avec l’appui de l’assistance technique du projet Qawafel, le Centre Technique de la Chimie a pu renforcer son expertise sur deux axes clés : les Bonnes Pratiques de Fabrication (GMP) et la conformité réglementaire dans le secteur pharmaceutique. Six cadres du centre ont été formés dans ce cadre, leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires pour accompagner à leur tour les PME tunisiennes dans leurs démarches de mise en conformité. Une première réussite concrète en témoigne : une unité de production a pu exporter vers des marchés africains, directement grâce aux certifications obtenues avec l’appui du CTC.
La directrice générale du CTC, Manal Hanafi, a été directe sur les défis qui persistent : « Malgré les efforts engagés, le secteur continue de faire face à des difficultés liées à la reconnaissance des certificats, ainsi qu’aux contraintes logistiques relatives au transport et au stockage des médicaments — ce qui a conduit certaines entreprises à s’implanter dans d’autres pays africains offrant un environnement plus favorable. »

Elle a appelé à une action coordonnée autour de quatre axes : renforcer les capacités de production, consolider les bonnes pratiques de fabrication, digitaliser la chaîne de production, et simplifier les procédures juridiques. Elle a également mentionné une initiative COMESA à l’horizon des dix prochaines années visant à promouvoir une industrie pharmaceutique verte, à laquelle les entreprises tunisiennes devront être préparées.
AFI — Exporter l’expertise tunisienne en développement de zones industrielles
L’Agence Foncière Industrielle, forte de 53 ans d’expérience dans le développement des zones industrielles en Tunisie, a bénéficié d’une assistance technique stratégique : une étude de marché, l’élaboration d’un plan d’action quinquennal, et la mise en place d’un cadre réglementaire facilitant son expansion régionale.
Le directeur général de l’AFI, Kais Mejri, a partagé la feuille de route qui en découle : « La principale conclusion de l’étude, c’est la nécessité d’évoluer progressivement — d’abord vers l’exportation d’expertise technique et la formation, puis vers des projets de petite envergure, avec une diversification géographique intégrant une analyse de la stabilité politique et économique des pays ciblés. » Il a cité en exemple la démarche de la STEG, entreprise tunisienne déjà implantée sur le continent.

Parmi les leviers identifiés pour accompagner cette expansion : la diplomatie économique proactive, la mobilisation de financements internationaux, les accords bilatéraux d’investissement — dont beaucoup restent sous-exploités —, et le renforcement du partenariat public-privé.
APII — Un partenariat institutionnel inédit avec la RDC
L’assistance technique de Qawafel a permis à l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation de franchir une étape inédite : la préparation d’une convention de partenariat avec l’ANAPI (Agence Nationale pour la Promotion des Investissements de la République démocratique du Congo). Concrètement, l’AT a fourni à l’APII les outils méthodologiques nécessaires — un diagnostic approfondi de ses services d’appui à l’internationalisation, un guide de gouvernance et un modèle de partenariat public-privé — sans lesquels cette coopération n’aurait pas pu prendre forme.
Omar Bouzouada, directeur général de l’APII, a précisé la vision qui sous-tend ce partenariat : « La collaboration avec l’Afrique n’est plus classique — on cherche une complémentarité économique. L’objectif ultime : créer de la valeur ajoutée, instaurer un climat de confiance qui rassure les investisseurs, et aller vers le co-investissement. »

Ce partenariat repose sur quatre axes fondamentaux :
- Échange d’informations et simplification des procédures entre entreprises tunisiennes et congolaises.
- Organisation d’événements économiques conjoints et identification de secteurs à forte valeur ajoutée dans les deux pays.
- Soutien à la création de start-up innovantes dans les secteurs technologiques.
- Mise à disposition d’informations juridiques et techniques sur les secteurs industriels sensibles, notamment pharmaceutique et de précision.
L’APII prévoit également le lancement d’une plateforme regroupant les informations et procédures liées aux exportateurs, ainsi que la capitalisation de cette expérience pour la dupliquer avec d’autres partenaires, notamment via le réseau EEN (Enterprise Europe Network).
Trois entreprises tunisiennes témoignent depuis le terrain
Au-delà des structures publiques, l’AT a également bénéficié à des entreprises industrielles. Trois d’entre elles ont témoigné lors des panels.
- Pharmaghreb (fondée en 1985) : avec plus de 120 références pharmaceutiques et une présence dans une dizaine de pays africains, l’entreprise a profité de l’AT pour former deux jeunes pharmaciens aux audits de conformité. La prochaine étape : la création d’un nouveau site de production certifiable qui permettra d’accéder à des marchés plus exigeants.
- SIPA (créée en 2004) : spécialiste des moules d’injection plastique alimentaire, l’entreprise était auparavant dans une logique opportuniste à l’export. L’accompagnement Qawafel lui a permis de formaliser une stratégie internationale claire avec des priorités définies et un plan d’action progressif — notamment pour le marché sénégalais, en s’appuyant sur l’expertise du PACKTEC.
- ManarThon (fondée en 1983) : avec un CA à l’export de 23%, l’entreprise exporte ses produits de la mer depuis 2005 vers 23 pays (Europe, Balkans, Amérique du Nord, pays du Golfe, Japon, Australie). Elle bénéficie désormais de l’étude menée par le GICA et des guides pratiques pour structurer son entrée sur le marché sénégalais, notamment via des distributeurs identifiés et l’enseigne Auchan. Son constat sur l’Afrique est sans appel : « Le facteur humain est très important — il faut se déplacer, c’est nécessaire. Ça renforce la confiance. »

Ce que les panels ont mis en lumière : défis et recommandations
Le séminaire n’a pas esquivé les difficultés réelles. Trois grandes catégories de freins ont été identifiées par les participants :
- Les barrières réglementaires et douanières : procédures d’enregistrement différentes selon les pays, difficultés de reconnaissance des certificats, réglementations strictes dans les industries pharmaceutiques et de précision.
- Les contraintes logistiques : insuffisance des liaisons directes avec les pays africains ciblés, difficultés de stockage et de transport — notamment des médicaments —, et infrastructures encore inadaptées au volume des besoins liés à l’export.
- La concurrence internationale : les PME tunisiennes font face à des multinationales déjà bien implantées, ce qui exige un effort de montée en gamme, de digitalisation et de mise en place de systèmes qualité robustes.
Les recommandations formulées convergent autour de plusieurs leviers : simplifier les procédures de contrôle réglementaire, renforcer l’accompagnement continu des PME, développer des stratégies logistiques long terme (maritime, terrestre, aérien), impliquer davantage les banques et institutions de financement alternatif, et encourager l’implantation de filiales tunisiennes en Afrique pour faciliter les opérations sur place.
Publié le 1 juin 2026, par Aya OUERTANI










